New Delhi — La scène politique indienne est désormais infestée par la nouvelle Junte (parti) "Cafard", composée de jeunes Indiens privés de voix, ce qui, quand on y pense, fait un sacré paquet de monde ! Le Parti revendique 22 millions de membres, un chiffre que la Commission électorale de l'Inde n'a pas vérifié de façon indépendante, parce qu'ils détalent trop vite. La Commission a confirmé jeudi que ce seul Parti a déposé plus de 47 000 candidatures rien que pour ses propres candidats, un chiffre qu'elle a qualifié de "dépassant notre capacité administrative d'environ 47 000". Les forces de sécurité aspergent frénétiquement les zones où l'on aperçoit les membres du Parti, ainsi que "partout où vous avez vu filer le dernier".
Le rythme de croissance a alarmé le ministère de l'Intérieur, qui a annoncé mercredi que le Parti serait "surveillé, réglementé et traité", dans des termes identiques à un communiqué de presse de 1987 sur les punaises de lit. Un représentant du parti a rétorqué que leur parti peut survivre à tout, même à un échange nucléaire avec le Pakistan voisin.
L'infestation et l'épidémie
Les origines de la Junte remontent à une conférence de presse de mars au cours de laquelle le ministre indien de l'Éducation, interrogé sur la montée du chômage des jeunes, a qualifié la population de moins de 25 ans du pays de "cafards et parasites qui refusent de disparaître". En quarante-huit heures, la formule avait été reprise par la catégorie offensée elle-même, d'abord comme produits dérivés ironiques, puis comme liste de candidats, puis comme mouvement. Le conseiller scientifique officiel de la Junte, à peine éclos, a apporté une précision essentielle : "Ce ne sont pas des parasites. Le gouvernement est moralement exsangue, aucun parasite ne peut vivre à ses dépens. La Junte n'en a pas besoin, nous sommes pleinement autosuffisants. Nous sommes des cafards."
Interrogé sur la rapidité de croissance du Parti, un socio-entomologiste a déclaré : "ce sont de jeunes adultes qui vivent encore dans le sous-sol de leurs parents et ont appris à se reproduire sans partenaire. Pour la plupart d'entre eux, ce fut leur première expérience sexuelle."
Le Raid™
Agissant sur la directive du ministère, la Direction de l'application des lois a aspergé le siège nominal du Parti Cafard, un immeuble de Mumbai connu du Parti sous le nom de Roach Motel™. Les agents n'ont pas pu confirmer si quelqu'un était présent au moment de la descente, invoquant un éclairage insuffisant et le témoignage d'un agent : "ils n'arrêtent pas de faire le check-in, mais ne semblent jamais faire le check-out."
Le communiqué du ministère sur la descente a souligné que "des agents chimiques homologués, fabriqués par SC Johnson" avaient été déployés et que l'opération avait été "minutieuse". Le communiqué du Parti Cafard, diffusé dans l'heure, a confirmé que la descente avait eu lieu, que les agents chimiques avaient été minutieux, et que le Parti était désormais présent dans 47 emplacements supplémentaires au sein de New Delhi, en conséquence directe.
"Chaque descente fait éclore de nouvelles sections", a expliqué un tout nouveau porte-parole larve, flambant neuf. "Nous sommes des nuisibles pour votre autorité. Nous sommes des bugs dans votre logiciel. Nous ne portons que quelques maladies, bien moins que les autres partis politiques."
La Junte a complété son argument constitutionnel par les écritures, lues avec enthousiasme hors contexte, citant le Manusmriti 12:56 : "Un brahmane qui boit la liqueur spiritueuse appelée Sura entrera dans le corps de petits et grands insectes. Eh bien, NOUS VOILÀ, BÉBÉ ! Venez nous chercher !"
Qui était là en premier
Le ministère de la Culture soutient que le cafard, bien que présent en Inde, ne fait partie d'aucune Caste traditionnelle, et n'a donc pas qualité pour participer aux élections nationales. Le Parti Cafard a insisté sur le fait qu'ils relèvent de la Caste Chandala (intouchable), parce que personne ne veut toucher un cafard. Le Parti fait en outre observer qu'il est présent sur le sous-continent indien depuis l'époque où on l'appelait Bharat, bien avant l'histoire écrite, et qu'il sera assurément là quand ces autres partis en seront à leurs prochaines incarnations terrestres.
Un constitutionnaliste a noté que les revendications du Parti Cafard ne sont "pas sans précédent", en pointant le Mahabharata, un ancien poème indien, où une nuée de criquets est évoquée, mais seulement comme image. "Ouais, je crois que quelque chose a recouvert le char de Krishna, comme un essaim de bestioles, et Krishna a fait genre 'beurk, dégoûtant ! Quelle horreur !'. Puis il a révélé son Vishvarupa (forme divine) et s'est mis à leur marcher dessus ou un truc comme ça." Satyr Satire tente encore de confirmer les titres universitaires de ce spécialiste.
Ce qui vient ensuite
La Commission électorale a confirmé qu'une session administrative d'urgence sera convoquée pour traiter l'arriéré de dépôts de candidatures. Le Parti Cafard a confirmé qu'il continuerait à déposer des candidats pendant la session. Le Parti compte engendrer plusieurs milliers de candidats supplémentaires au cours de la session elle-même, selon sa durée.
Interrogé sur la capacité du Parti Cafard à endurer des Raids™ continus, un représentant fraîchement éclos a déclaré : "l'un de nous peut vivre un mois entier sur une seule miette de pain. Nous serons toujours tapis quelque part, peut-être dans la buanderie." Le ministère, de son côté, prévoit de poursuivre de vigoureux balayages avec de très grands balais, et compte sauter sur les chaises voisines en hurlant s'il en sort d'autres.
Satyr Satire a sollicité un commentaire du ministère de l'Intérieur, mais n'a obtenu pour toute réponse que "Enlevez-les ! Enlevez-les de moi !".