Banlieue pavillonnaire, Ohio Un vaste rapport de l’Institut de la solitude domestique confirme ce que les familles soupçonnaient depuis longtemps sans jamais oser le déranger : le père contemporain a réalisé sa plus profonde aspiration, qui est de se tenir en silence au milieu de ses outils sans que personne ne lui demande de comptes.
L’institut a suivi un père représentatif, notant qu’il entrait dans le garage quatre fois par jour, annonçant à chaque fois qu’il allait « vérifier un truc ». Les enquêteurs n’ont pas pu déterminer ce qu’était ce truc, et ont conclu que le père ne pouvait pas le déterminer non plus. Ses enfants croient qu’il construit quelque chose. Son épouse croit qu’il répare quelque chose. Le père, joint pour commentaire, tenait un unique boulon qu’il avait en main depuis le printemps précédent, et se décrivait comme étant « en plein dedans ».
Il ne se cache pas de sa famille, une distinction que la famille n’avait pas demandée et qu’il a apportée spontanément quatre fois. Il les aime férocement, et c’est précisément pour cela qu’il doit, à l’occasion, les aimer depuis une structure rattachée à la maison mais qui n’est techniquement pas à l’intérieur.
Les chercheurs ont pris soin de préciser que le garage n’a pas besoin de contenir un projet, une voiture, ni même une raison. Il doit seulement contenir la porte, et la porte doit se fermer. Plusieurs sujets, lorsqu’on a insisté, n’ont pas su dire ce qu’il y avait dedans, seulement que c’était à eux.
Le rapport ajoute que le comportement est héréditaire. Chaque père avait appris le garage de son propre père, un homme qu’il aimait de la manière compliquée et discrète qu’on réserve à celui qui vous apprend le premier à disparaître, et que la plupart des jours il ne pouvait pas supporter. Chacun le transmet désormais à des enfants qui se tiendront un jour dans leur propre garage, un boulon à la main, incapables en silence de pardonner à l’homme qui le leur a montré.
L’institut a conclu sur une unique recommandation pour les familles du pays : laissez-le faire. Il rentrera. Il rentre toujours. Il aime simplement savoir que la porte est à lui.
Satyr Satire est allé au garage pour écrire ceci et n’est, à l’heure de la publication, toujours pas rentré.